
- Dédicace
- Préface (24 juin 1837)
- I Ce siècle est grand et fort. Un noble instinct le mène
- II Sunt lacrymae rerum
- III Quelle est la fin de tout ? la vie, ou bien la tombe?
- IV A l'Arc de triomphe
- V Dieu est toujours là
- VI Oh! vivons! disent-ils dans leur enivrement
- VII A Virgile
- VIII Venez que je vous parle, ô jeune enchanteresse!
- IX Pendant que la fenêtre était ouverte
- X A Albert Dürer
- XI Puisqu'ici-bas toute âme
- XII A Ol.
- XIII Jeune homme, ce méchant fait une lâche guerre
- XIV Avril- A Louis B.
- XV La vache
- XVI Passé
- XVII Soirée en mer
- XVIII Dans Virgile parfois, dieu tout près d'être un ange
- XIX A un riche
- XX Regardez: les enfants se sont assis en rond
- XXI Dans ce jardin antique ou les grandes allées
- XXII A des oiseaux envolés
- XXIII A quoi je songe ? - Hélas ! loin du toit ou vous êtes
- XXIV Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir
- XXV Tentanda via est
- XXVI Jeune fille, l'amour, c'est d'abord un miroir
- XXVII Après une lecture de Dante
- XXVIII Pensar, dudar
- XXIX A Eugène vicomte H.
- XXX A Olympio
- XXXI La tombe dit à la rose
- XXXII O muse, contiens-toi ! muse aux hymnes d'airain
SON FILS RESPECTUEUX,
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La Porcia de Shakespeare parle quelque part de cette musique
que tout homme à en soi. - Malheur, dit-elle, à
qui ne l'entend pas! - Cette musique, la nature aussi l'a en elle.
Si le livre qu'on va lire est quelque chose, il est l'écho,
bien confus et bien affaibli sans doute, mais fidèle, l'auteur
le croit, de ce chant qui répond en nous au chant que nous
entendons hors de nous.
Au reste, cet écho intime et secret étant, aux yeux
de l'auteur, la poésie même, ce volume, avec quelques
nuances nouvelles peut-être et les développements
que le temps a amenés, ne fait que continuer ceux qui l'ont
précédé. Ce qu'il contient, les autre le
contenaient; à cette différence près que
dans les Orientales, par exemple, la fleur serait plus
épanouie, dans les Voix intérieures, la goutte
de rosée ou de pluie serait plus cachée. La poésie,
en supposant que ce soit ici le lieu de prononcer un si grand
mot, la poésie est comme Dieu: une et inépuisable.
Si l'homme a sa voix, si la nature a la sienne, les événement
ont aussi la leur. L'auteur a toujours pensé que la mission
du poète était de fondre dans un même groupe
de chants cette triple parole qui renferme un triple enseignement,
car la première s'adresse plus particulièrement
au coeur, la seconde à l'âme, la troisième
à l'esprit. Tres radios.
Et puis, dans l'époque où nous vivons, tout l'homme
ne se retrouve-t-il pas là? N'est-il pas entièrement
compris sous ce triple aspect de notre vie: Le foyer, le champ,
la rue? Le foyer, qui est notre coeur même; le champ, où
la nature nous parle; la rue, ou tempête, à travers
les coups de fouet des partis, cet embarras de charrettes qu'on
appelle les événements politiques.
Et, disons-le en passant, dans cette mêlée d'hommes,
de doctrines et d'intérêts qui se ruent si violemment
tous les jours sur chacune des oeuvres qu'il est donné
à ce siècle de faire, le poète a une fonction
sérieuse. Sans parler même ici de son influence civilisatrice,
c'est à lui qu'il appartient d'élever, lorsqu'ils
le méritent, les événements politiques à
la dignité d'événements historiques. Il faut,
pour cela, qu'il jette sur ses contemporains ce tranquille regard
que l'histoire jette sur le passé; il faut que, sans se
laisser tromper aux illusions d'optique, aux mirages menteurs,
aux voisinages momentanés, il mette dès à
présent tout en perspective, diminuant ceci, grandissant
cela. Il faut qu'il ne trempe dans aucune voie de fait. Il faut
qu'il sache se maintenir, au-dessus du tumulte, inébranlable,
austère et bienveillant; indulgent quelquefois, chose difficile,
impartial toujours, chose plus difficile encore; qu'il ait dans
le coeur cette sympathique intelligence des révolutions
qui implique le dédain de l'émeute, ce grave respect
du peuple qui s'allie au mépris de la foule; que son esprit
ne concède rien aux petites colères ni petites vanités;
que son éloge comme son blâme prenne souvent à
rebours, tantôt l'esprit de cour, tantôt l'esprit
de faction. Il faut qu'il puisse saluer le drapeau tricolore sans
insulter les fleur de lys; il faut qu'il puisse dans le même
livre, presque à la même page, flétrir "l'homme
qui a vendu une femme" et louer un noble jeune prince pour
une bonne action bien faite, glorifier la haute idée sculptée
sur l'arc de l'Etoile et consoler la triste pensée enfermée
dans la tombe de Charles X. Il faut qu'il soit attentif à
tout, sincère en tout, désintéressé
sur tout, et que, nous l'avons déjà dit ailleurs,
il ne dépende de rien, pas même de ses propres ressentiments,
pas même de ses griefs personnels; sachant être, dans
l'occasion, tout à la fois irrité comme homme et
calme comme poète. Il faut enfin que, dans ces temps livrés
à la lutte furieuse des opinions, au milieu des attractions
violentes que sa raison devra subir sans dévier, il ait
sans cesse présent à l'esprit ce but sévère:
être de tous les partis par leur côté généreux,
n'être d'aucun par leur côté mauvais.
La puissance du poète est faite d'indépendance.
L'auteur, on le voit, ne se dissimule aucune des conditions rigoureuses
de la mission qu'il s'est imposée, en attendant qu'un meilleur
vienne. Le résultat de l'art ainsi compris, c'est l'adoucissement
des esprits et des moeurs, c'est la civilisation même. Ce
résultat, quoique l'auteur de ce livre soit bien peu de
chose pour une fonction si haute, il continuera d'y tendre par
toutes les voie ouvertes à sa pensée, par le théâtre
comme par le livre, par le roman comme par le drame, par l'histoire
comme par la poésie. Il tâche, il essaie, il entreprend.
Voilà tout. Bien des sympathies, nobles et intelligentes,
l'appuient. S'il réussit, c'est à elles et non à
lui que sera dû le succès.
Quant à la dédicace placée en tête
de ce volume, l'auteur, surtout après les ligne qui précèdent,
pense n'avoir pas besoin de dire combien est calme et religieux
le sentiment qui l'a dictée. On le comprendra, en présence
de ces deux monuments, le trophée de l'Etoile, le tombeau
de son père, l'un national, l'autre domestique, tous deux
sacrés, il ne pouvait y avoir place dans son âme
que pour une pensée grave, paisible et sereine. Il signale
une omission, et, en attendant qu'elle soit réparée
où elle doit l'être, il la répare ici autant
qu'il est en lui. Il donne à son père cette pauvre
feuille de papier, tout ce qu'il a, en regrettant de n'avoir pas
de granit. Il agit comme tout autre agirait dans la même
situation. C'est donc tout simplement un devoir qu'il accomplit,
rien de plus, rien de moins, et qu'il accomplit comme s'accomplissent
les devoirs, sans bruit, sans colère, sans étonnement.
Personne ne s'étonnera non plus de le voir faire ce qu'il
fait. Après tout, la France peut bien, sans trop de souci,
laisser tomber une feuille de son épaisse et glorieuse
couronne; cette feuille, un fils doit la ramasser. Une nation
est grande, une famille petite; ce qui n'est rien pour l'une est
tout pour l'autre. La France a le droit d'oublier, la famille
a le droit de se souvenir.
24 juin 1837. Paris.
A
JOSEPH-LEOPOLD-SIGISBERT,
COMTE HUGO,
LIEUTENANT GENERAL DES ARMEES DU ROI
NE EN 1774.
VOLONTAIRE EN 1791.
COLONEL EN 1803.
GENERAL DE BRIGADE EN 1809.
GOUVERNEUR DE PROVINCE EN 1810.
LIEUTENANT GENERAL EN 1825.
MORT EN 1828.
NON INSCRIT SUR L'ARC DE L'ETOILE.
V. H.